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Site d'Information de l’ASA de Ventavon St Tropez

Infos de l'ASA du Canal de Ventavon St Tropez
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« Gérer l’eau, c’est prévoir demain, prévoir demain, c’est protéger l’eau »

Le canal Saint-Tropez

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1. 1776 24 novembre. Première délibération sur le projet du canal .

Messire maître Jean-Joseph Barlet de la Cazette avocat en la cour est alors maire consul de la ville de Sisteron. Il est accompagné des deux consuls, Joseph Pellegrin bourgeois et sieur François Civatte lieutenant du premier chirurgien du Roi. Les membres du conseil sont composés de 4 avocats, 3 marchands, 2 artisans orfèvre, 2 bourgeois. un noble écuyer, 1 bridier , un maréchal, un muletier et un hôte (hôtelier). Le premier consul rappelle d’abord que les habitants se plaignent depuis toujours de l’aridité de leur terroir, quoiqu’il soit entouré et traversé de plusieurs rivières considérables, mais dont les rives sont si basses et si coupées par tant de ravins qu’on a toujours été découragés par la dépense et les grandes difficultés qui se rencontreraient dans les différents projets de canaux d’arrosement qu’on pourrait se procurer. Il ajoute ensuite qu’il serait possible de prendre l’eau de la Sasse et de l’amener par un canal sur le territoire de Valernes jusqu’à la hauteur de l’hubac de la Beaume et que le terrain situé en dessous jusqu’à la Durance contient huit cent cinquante une mille cent cannes (340 hectares). Si dans la suite le quart seulement de cette contenance était réduite en prairie elle donnerait deux cent soixante six sestoirées à raison de huit cent cannes la sestoirée (soit 85 hectares), dont le produit en méliorerait non seulement les autres trois quarts mais encore le reste du terroir de cette ville et en augmenterait de beaucoup le commerce et encore plus considérablement la valeur intrinsèque de nos fonds et par une suite inévitable acroîtrait le nombre de nos habitants et beaucoup d’autres avantages non moins intéressants.

Le conseil prend donc la décision
– de présenter un placet à Mr les procureurs du pays pour leur représenter l’avantage, l’utilité et la nécessité de ce canal, leur demander un encouragement pour sa construction,
– d’écouter les raisons et propositions que Mr le Vicomte de Vallernes se propose de faire à la communauté et de traiter avec lui pour prendre des arrangements,
– de solliciter auprès de Messieurs les procureurs du pays et de nos seigneurs et messieurs de l’assemblée des Etats quelque secours pour l’entreprise du canal projeté,
– et de prier Monseigneur l’évêque de Sisteron et Monsieur le procureur du pays de traiter avec Mr de Vallernes.

Plan du canal daté du 16 juin 1952 figurant l'ancienne et la nouvelle prise d'eau ainsi que la nouvelle arrivée du canal raccourcie (trait noir)
Plan du canal daté du 16 juin 1952 figurant l'ancienne et la nouvelle prise d'eau ainsi que la nouvelle arrivée du canal raccourcie (trait noir)

2. 1777 1er avril. Deuxième délibération sur le projet du canal [7].

Messire maître Jean Aymé Laplane docteur en médecine, sieur Laurent Latil et sieur Alexis Planche bourgeois, sont alors maire et consuls. Sont présents les membres du conseil et quelques apparents, en tout 35 personnes, dont 10 bourgeois, 8 avocats, 4 notaires, 3 nobles écuyers, 2 capitaines et marchands, puis un orfèvre, un muletier, un maître bâtier, un docteur en médecine, un négociant, un chirurgien et un perruquier.

Le premier consul informe le conseil que l’administration de la province qui veille sans cesse au bien et à l’avantage des communautés, a fait niveler par le sieur Bonnard sous ingénieur de la province, s’il pouvait se former un canal pour dériver l’eau de la rivière de Sasse depuis le territoire de la terre et seigneurie de Châteaufort jusques à celui de la communauté de cette Ville et a fait faire un plan de la quantité de terrain que ce canal arroserait dans le territoire de cette Ville. Par lequel il résulte que le canal est très possible et la quantité de terrain que ce canal arroserait très considérable. En sorte que cette administration, d’après ce plan, nous invite à prendre des arrangements qui conviennent pour nous procurer cet arrosage.

Pour y parvenir il parait qu’il faudrait commencer à traiter avec la dame de Châteaufort au sujet de la faculté de prendre l’eau de cette rivière de Sasse dans le territoire dudit Châteaufort et ensuite il serait pourvu aux arrangements ultérieurs pour la confection du canal. Il semble qu’il n’y a pas à hésiter de faire cette acquisition par la raison qu’il est démontré aujourd’hui que la Ville de Sisteron ne peut plus se procurer d’arrosage que de cet endroit et que ce canal est indispensable pour la Ville. Il est encore indispensable en ce que la Ville manque absolument de fourrages, ses habitants étant obligés d’aller prendre des preds hors du terroir, d’en payer une cense, et d’y transporter leurs engrais.

Il est donc décidé, malgré deux votes négatifs,
– de faire l’acquisition de la faculté de prendre l’eau dans le terroir de la Communauté de Monsieur de Châteaufort, à la meilleure condition que faire se pourra, dont le prix ne pourra cependant excéder la somme de deux mille quatre cent livres,
– et de prier Monseigneur de St Tropès évêque de cette Ville de vouloir bien traiter de ladite acquisition et de permettre que lorsque ledit canal aura lieu, il soit dénommé et appelé le canal de St Tropès [8].

3. 1777 2 novembre. Troisième délibération sur le projet du canal [9].

Le même conseil est réuni mais sans les apparents. Messire Laplane expose les données fournies par le sieur Bonnard sous ingénieur des ponts et chemins de la province. Après une juste mensuration il se trouve dans le terroir de Vallernes huit cent quarante six mille quatre cent soixante seize cannes (338 hectares), dans celui de cette Communauté huit cent cinquante un mille cent cannes (340 hectares). Il a levé le plan de cette partie des deux terroirs et en a fait un devis exhaustif qui porte la dépense à cinquante six mille six cent vingt trois livres.

Une personne très versée dans le génie et dont les talents et la capacité sont connus de toute la Ville a bien voulu se charger de mesurer l’eau que portait Sasse. Il en résulte que l’eau de la rivière surpasse celui des pluyes les plus abondantes. Ainsi l’abondance des fourrages et des pâturages nous fournira des moyens sûrs pour nourrir plus de bestiaux, et conséquemment pour faire plus d’engrais pour ces terres qui par une prompte amélioration seront dans ce cas d’être augmentées d’afflorinement au livre terrier, au soulagement des autres parties du terroir de cette Communauté et notre commerce en deviendra plus vif et plus actif.

Le conseil décide
– que la Communauté se chargera de faire les frais de la construction de ladite dérivation et canal, de laquelle dépense elle en supportera en son propre la somme de quinze mille livres y compris les deux mille quatre cent livre pour l’achat de l’eau prise dans le territoire de Châteaufort,
– que toutes les sommes que la Communauté fournira, hors les quinze mille livres, de son contingent lui seront remboursés par les possédants biens dans les quartiers du territoire de cette Ville qui seront arrosables des eaux dudit canal.
Suivent plusieurs dispositions concernant les conditions de remboursement par les possédants biens des avances faites par la Communauté.

3 dates importantes de l'histoire du Canal de St Tropez.
3 dates importantes de l'histoire du Canal de St Tropez.

Renvois-Notes:

[5]   AC Sisteron, BB 191, f° 33 v°- 36 r°.

[6]   Bridier : artisan qui fait des brides, bourrelier.

[7]  AC Sisteron, BB 191, f° 90 r°- 93 r°.

[8]   Louis Jérôme de Suffren de Saint-Tropez, évêque de Sisteron de 1764 à 1789. Né en 1722, il est le premier enfant de Paul Suffren-Saint-Tropez et de Marie-Antoinette de Bruny. L’évêque de Sisteron devient évêque de Nevers de 1789 à 1796. Il se retire ensuite à Turin où il meurt le 21 juin 1796. Le troisième fils fut le célèbre bailli de Suffren, Pierre André, vice-amiral de France puis bailli de l’ordre de Malte.

[9]  AC Sisteron, BB 191, f° 120 r°- 125 r°.